Je me suis figuré que la danse venait avant. Avant la sculpture, avant la peinture, avant la musique même. Qu’elle arrivait d’abord, dans l’histoire de tous et de chacun. Elle était tellement ancienne qu’il n’était pas possible d’en garder la trace, sauf à supposer qu’un autre art, un art de la représentation, la peinture par exemple, s’en charge.
Pour la danse, en somme, c’était tout de suite et puis plus jamais. C’était à répéter encore et encore. La danse ne disait pas, elle ne représentait pas. Pas de mot. Pas d’image. De l’instant, du mouvement, du souffle, de la répétition. J’ai pensé que la danse était peut-être l’ambassade la plus intelligente pour établir des passerelles entre les mondes, entre le monde des enfants, de Mathieu ou d’Emilien par exemple, et le nôtre, celui de Thierry et le mien par exemple.
Des ambassades et c’est tout. Pas de civilisation, pas de colonisation, pas de progrès en vue.
Une rencontre heureuse, dont la plus grande réussite serait de faire naître le désir d’une autre rencontre, son attente. Je me suis souvenue de deux maximes de Clément Rosset. « La nature des choses consiste en les choses, et en elles seules. Il n’est, il n’a jamais été ni ne sera jamais de présence que du présent. »
Et « Sois l’ami du présent qui passe, le futur et le passé te seront donnés par surcroît. » J’ai lu, dans un texte littéraire écrit par des personnes non autistes, qu’on ne savait rien sur l’autisme. Une énigme. Un mystère. Rien quoi. Mais ce n’est pas ce que disent les livres écrits par des personnes autistes.
Ce que Thierry et les adolescents en dansant montrent ce n’est pas rien.
C’est autre chose.
Marie Desplechin
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dans le désordre, des noms qui vont si bien ensemble : Nathalie Richard, Denis Podalydès, Arnaud Cathrine, Patrick Modiano, Boris Vian, Geneviève Brisac, Brigitte Fontaine, Charles Berling, Nancy Huston, Thomas Fersen, Agnès Desarthe, Jack Kerouac, Barbara Carlotti, Mathieu Riboulet, Marguerite Duras, Anaïs Nin, Sami Frey…
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